COURS SECONDE 2004 - 2005

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SEQUENCE SIX

 

 

SEQUENCE 1 : SE SITUER DANS L'ESPACE LITTERAIRE

GENRES ET REGISTRES

LE ROMANTISME

Les textes

1. François- René de Chateaubriand, René

 

L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes: j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes; tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays, le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

Le jour, je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au- dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi- même qu'un voyageur; mais une voix du ciel semblait me dire:   « Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

« Levez- vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie! » Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur.

La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur , que j'aurais eu la puissance de créer des mondes. Ah! si j'avais pu faire partager à une autre les transports que j'éprouvais! Ô Dieu! si tu m'avais donné une femme selon mes désirs; si, comme à notre premier père, tu m'eusses amené par la main une Ève tirée de moi- même... Beauté céleste! je me serais prosterné devant toi; puis, te prenant dans mes bras, j'aurais prié l'Éternel de te donner le reste de ma vie.

Hélas! j'étais seul, seul sur la terre! Une langueur secrète s'emparait de mon corps. Ce dégoût de la vie que j'avais ressenti dès mon enfance revenait avec une force nouvelle. Bientôt mon cœur ne fournit plus d’aliment à ma pensée, et je ne m'apercevais de mon existence que par un profond sentiment d'ennui.

Je luttai quelque temps contre mon mal, mais avec indifférence et sans avoir la ferme résolution de le vaincre. Enfin, ne pouvant trouver de remède à cette étrange blessure de mon cœur, qui n'était nulle part et qui était partout, je résolus de quitter la vie.

Prêtre du Très- Haut, qui m'entendez, pardonnez à un malheureux que le ciel avait presque privé de la raison. J'étais plein de religion, et je raisonnais en impie; mon cœur aimait Dieu, et mon esprit le méconnaissait; ma conduite, mes discours, mes sentiments, mes pensées, n'étaient que contradiction, ténèbres, mensonges. Mais l'homme sait- il bien toujours ce qu'il veut, est- il toujours sûr de ce qu'il pense?

François- René de Chateaubriand, René, 1802.

 

 

2. Victor Hugo, La Légende des siècles

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,

Échevelé, livide au milieu des tempêtes,

Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,

Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva

Au bas d'une montagne en une grande plaine;

Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine

Lui dirent: « Couchons- nous sur la terre, et dormons.

Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.

Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,

Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,

Et qui le regardait dans l'ombre fixement.­

« je suis trop près », dit- il avec un tremblement.

Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,

Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.

Il marcha trente jours, il marcha trente nuits,

Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,

Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,

Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève

Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.

« Arrêtons- nous, dit- il, car cet asile est sûr.

Restons- y. Nous avons du monde atteint les bornes. »

Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes

L’œil  à la même place au fond de l'horizon.

Alors il tressaillit en proie au noir frisson.

« Cachez- moi ! » cria- t- il ; et, le doigt sur la bouche,

Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.

Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours

Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.

Bâtissons une ville avec sa citadelle,

Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »

Alors Tubalcaïn, père des forgerons,

Construisit une ville énorme et surhumaine.

Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,

Chassaient les fils d'Énos et les enfants de Seth

Et l'on crevait les yeux à quiconque passait;

Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.

Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,

On lia chaque bloc avec des nœuds de fer,

Et la ville semblait une ville d'enfer;

L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes;

Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes;

Sur la porte on grava: « Défense à Dieu d'entrer. »

Quand ils eurent fini de clore et de murer,

On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre;

Et lui restait lugubre et hagard.

« Ô mon père l’œil a- t- il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.

Et Caïn répondit: « Non, il est toujours là. »

Alors il dit : « je veux habiter sous la terre

Comme dans son sépulcre un homme solitaire;

Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »

On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien! »

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre

Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,

            L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.         

 Victor Hugo, La Légende des siècles, livre 1

 

3. Alfred de Musset, Lorenzaccio

Inspiré d'une chronique italienne du XVIeme siècle, Lorenzaccio met en scène le jeune Lorenzo de Médicis  qui s'est acquis le surnom péjoratif de Lorenzaccio en se faisant le compagnon de débauche du duc de F7orence, son cousin Alexandre de Médicis. Tout le monde ignore que Lorenzo agit par calcul et qu'il a l'intention d'assassiner le duc pour délivrer sa patrie d'un tyran. Au milieu de la pièce, il confie son projet au chef d'une grande famille républicaine, Philippe Strozzi, ce qui l'amène à évoquer son passé et à s'interroger sur ce qu'il est devenu.

 

LORENZO. - Suis- je un Satan? Lumière du ciel! je m'en souviens encore; j'aurais pleuré avec la première fille que j'ai séduite, si elle ne s'était mise à rire. Quand j'ai commencé à jouer mon rôle de Brutus moderne, je marchais dans mes habits neufs de la grande confrérie du vice, comme un enfant de dix ans dans l'armure d'un géant de la fable. Je croyais que la corruption était un stigmate, et que les monstres seuls le portaient au front. J'avais commencé à dire tout haut que mes vingt années de vertu étaient un masque étouffant; ô Philippe! j'entrai alors dans la vie, et je vis qu'à mon approche tout le monde en faisait autant que moi; tous les masques tombaient devant mon regard; l'humanité souleva sa robe, et me montra, comme à un adepte digne d'elle, sa monstrueuse nudité. J'ai vu les hommes tels qu'ils sont, et je me suis dit: Pour qui est- ce donc que je travaille? Lorsque je parcourais les rues de Florence, avec mon fantôme à mes côtés, je regardais autour de moi, je cherchais les visages qui me donnaient du cœur, et je me demandais: Quand j'aurai fait mon coup, celui- là en profitera- t- il ? J'ai vu les républicains dans leurs cabinets, je suis entré dans les boutiques, j'ai écouté et j'ai guetté. J'ai recueilli les discours des gens du peuple, j'ai vu l'effet que produisait sur eux la tyrannie; j'ai bu, dans les banquets patriotiques, le vin qui engendre la métaphore et la prosopopée, j'ai avalé entre deux baisers les larmes les plus vertueuses; j'attendais toujours que l'humanité me laissât voir sur sa face quelque chose d'honnête. J'observais... comme un amant observe sa fiancée, en attendant le jour des noces

PHILIPPE. - Si tu n'as vu que le mal, je te plains, mais je ne puis te croire. Le mal existe, mais non pas sans le bien, comme l'ombre existe, mais non sans la lumière.

LORENZO. - Tu ne veux voir en moi qu'un mépriseur d'hommes! c'est me faire injure. Je sais parfaitement qu'il y en a de bons, mais à quoi servent- ils? que font- ils? comment agissent- ils? Qu'importe que la conscience soit vivante, si le bras est mort? Il y a de certains côtés par où tout devient bon: un chien est un ami fidèle; on peut trouver en lui le meilleur des serviteurs, comme on peut voir aussi qu'il se roule sur les cadavres, et que la langue avec laquelle il lèche son maître sent la charogne d'une lieue. Tout ce que j'ai à voir, moi, c'est que je suis perdu, et que les hommes n'en profiteront pas plus qu'ils ne me comprendront.

PHILIPPE. - Pauvre enfant, tu me navres le cœur ! Mais si tu es honnête, quand tu auras délivré ta patrie, tu le redeviendras. Cela réjouit mon vieux cœur, Lorenzo, de penser que tu es honnête; alors tu jetteras ce déguisement hideux qui te défigure, et tu redeviendras d'un métal aussi pur que les statues de bronze d'Harmodius et d'Aristogiton.

LORENZO. - Philippe, Philippe, j'ai été honnête. La main qui a soulevé une fois le voile de la vérité ne peut plus le laisser retomber; elle reste immobile jusqu'à la mort, tenant toujours ce voile terrible, et l'élevant de plus en plus au- dessus de la tête de l'homme, jusqu'à ce que l'Ange du sommeil éternel lui bouche les yeux.

PHILIPPE. - Toutes les maladies se guérissent, et le vice est aussi une maladie.

LORENZO. - Il est trop tard -je me suis fait à mon métier. Le vice a été pour moi un vêtement, maintenant il est collé à ma peau. Je suis vraiment un ruffian«, et quand je plaisante sur mes pareils, je me sens sérieux comme la Mort au milieu de ma gaieté. Brutus a fait le fou pour tuer Tarquin, et ce qui m'étonne en lui, c'est qu'il n'y ait pas laissé sa raison. Profite de moi, Philippe, voilà ce que j'ai à te dire: ne travaille pas pour ta patrie.

Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte III, scène 3 (extrait), 1834.

 

 

 4. Victor Hugo, Notre- Dame- de- Paris 

Le 6 janvier 1482, , jour des rois, le peuple de Paris assiste à un concours de grimaces qui permettra d'élire le pape des fous ; chaque concurrent exhibe son visage grimaçant au travers d'une rosace à la vitre brisée. Un dernier candidat se présente dont on apprendra par la suite qu'il est Quasimodo.

C'était une merveilleuse grimace, en effet, que celle qui rayonnait en ce moment au trou de la rosace. Après toutes ces figures pentagones, hexagones et hétéroclites qui s'étaient succédé à cette lucarne sans réaliser cet idéal du grotesque qui s'était construit dans les imaginations exaltées par l'orgie, il ne fallait rien moins, pour enlever les suffrages, que la grimace sublime qui venait d'éblouir l'assemblée. Maître Coppenole lui- même  applaudit ; et Clopin Trouillefou[12], qui avait concouru, et Dieu sait quelle intensité de laideur son visage pouvait atteindre, s'avoua vaincu. Nous ferons de même. Nous n'essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit oeil gauche obstrué d'un sourcil roux en broussailles tandis que l'œil  droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées çà et là, comme les créneaux d'une forteresse, de cette lèvre calleuse sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d'un éléphant, de ce menton fourchu, et surtout de la physionomie répandue sur tout cela, de ce mélange de malice, d'étonnement et de tristesse. Qu'on rêve, si l'on peut, cet ensemble.

L'acclamation fut unanime. On se précipita vers la chapelle. On en fit sortir en triomphe le bienheureux pape des fous. Mais c'est alors que la surprise et l'admiration furent à leur comble. La grimace était son visage.

5. François-René de CHATEAUBRIAND,Itinéraire de Paris à Jérusalem

 

 

« Il faut maintenant se figurer tout cet espace tantôt nu et couvert d'une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d'oliviers, par des carrés d'orges, par des sillons de vignes; il faut se représenter des fûts de colonnes et des bouts de ruines anciennes et modernes, sortant du milieu de ces cultures; des murs blanchis et des clôtures de jardin traversant les champs: il faut répandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de l'eau ou qui lavent à des puits les robes des Turcs[1] ; des paysans qui vont et viennent, conduisant des ânes, ou portant sur leur dos des provisions à la ville: il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux, toutes ces ruines si célèbres, toutes ces îles, toutes ces mers non moins fameuses, éclairées d'une lumière éclatante. J'ai vu du haut de l’Acropolis le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette : les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au- dessous de nous; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre, le long des flancs de l’Hymette, et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles[2]; Athènes, l'Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient des plus belles teintes de la fleur du pêcher; les sculptures de Phidias[3] frappées horizontalement d'un rayon d'or, s'animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loin, la mer et le Pirée[4] étaient tout blancs de lumière; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant, comme un rocher de pourpre et de feu.

Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d’Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l'ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos[5] ; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d'Oedipe[6], de Philoctète[7] et d'Hécube[8]; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthène[9]. Mais, hélas ! aucun son ne frappait notre oreille. A peine quelques cris échappés à une populace esclave sortaient par intervalles de ces murs qui retentirent si longtemps de la voix d'un peuple libre. Je me disais, pour me consoler, ce qu'il faut se dire sans cesse : Tout passe, tout finit dans ce monde. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis ? Ce soleil, qui peut- être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fille de Mégare[10], avait vu mourir la brillante Aspasie[11]. Ce tableau de l'Attique, ce spectacle que je contemplais, avait été contemplé par des yeux fermés depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour: d'autres hommes aussi fugitifs que moi viendront faire les mêmes réflexions sur les mêmes ruines. Notre vie et notre cœur sont entre les mains de Dieu : laissons- le donc disposer de l'une comme de l'autre. »

 

  6. George Sand, Indiana 

Voici un portrait d'Indiana Delmare, avant que la passion pour Raymon ne soit venue la toucher : le thème de l'insatisfaction romantique se conjugue habilement avec celui de l'oppression de la femme.

               Élevée au désert, négligée de son père, vivant au milieu des esclaves, pour qui elle n'avait d'autre secours, d'autre consolation que sa compassion et ses larmes, elle s'était habituée à dire : « Un jour viendra où tout sera changé dans ma vie, où je ferai du bien aux autres; un jour où l'on m'aimera, où je donnerai tout mon cœur à celui qui me donnera le sien; en attendant, souffrons; taisons- nous, et gardons notre amour pour récompense à qui me délivrera. » Ce libérateur, ce messie n'était pas venu ; Indiana l'attendait encore. Elle n'osait plus, il est vrai, s'avouer toute sa pensée, Elle avait compris sous les charmilles taillées du Lagny que la pensée même devait avoir là plus d'entraves que sous les palmistes sauvages de l'île Bourbon; et, lorsqu'elle se surprenait à dire encore par l'habitude: « Un jour viendra... un homme viendra... », elle refoulait ce vœu  téméraire au fond de son âme, et se disait: « Il faudra donc mourir ! »

Aussi elle se mourait. Un mal inconnu dévorait sa jeunesse. Elle était sans force et sans sommeil. Les médecins lui cherchaient en vain une désorganisation apparente, il n'en existait pas; toutes ses facultés s'appauvrissaient également, tous ses organes se lésaient avec lenteur; son cœur brûlait à petit feu, ses yeux s'éteignaient, son sang ne circulait plus que par crise et par fièvre; encore quelque temps, et la pauvre captive allait mourir. Mais, quelle que fût sa résignation ou son découragement, le besoin restait le même. Ce cœur  silencieux et brisé appelait toujours à son insu un cœur jeune et généreux pour le ranimer, L'être qu'elle avait le plus aimé jusque- là, c'était Noun, la compagne enjouée et courageuse de ses ennuis; et l'homme qui lui avait témoigné le plus de prédilection, c'était son flegmatique cousin sir Ralph. Quels aliments pour la dévorante activité de ses pensées, qu'une pauvre fille ignorante et délaissée comme elle, et un Anglais passionné seulement pour la chasse du renard !

Madame Delmare était vraiment malheureuse, et, la première fois qu'elle sentit dans son atmosphère glacée pénétrer le souffle embrasé d'un homme jeune et ardent, la première fois qu'une parole tendre et caressante enivra son oreille, et qu'une bouche frémissante vint comme un fer rouge marquer sa main, elle ne pensa ni aux devoirs qu'on lui avait imposés, ni à la prudence qu'on lui avait recommandée, ni à l'avenir qu'on lui avait prédit; elle ne se rappela que le passé odieux, ses longues souffrances, ses maîtres despotiques. Elle ne pensa pas non plus que cet homme pouvait être menteur ou frivole. Elle le vit comme elle le désirait, comme elle l'avait rêvé, et Raymon eût pu la tromper, s'il n'eût pas été sincère.

Mais comment ne l’eût- il pas été auprès d'une femme si belle et si aimante ? Quelle autre s'était jamais montrée à lui avec autant de candeur et d'innocence ? Chez qui avait- il trouvé à placer un avenir si riant et si sûr ? N’était- elle pas née pour l'aimer, cette femme esclave qui n'attendait qu'un signe pour briser sa chaîne, qu'un mot pour le suivre ? Le ciel, sans doute, l'avait formée pour Raymon, cette triste enfant de l'île Bourbon, que personne n'avait aimée, et qui sans lui devait mourir.

George SAND, Indiana, I, 6

 

En 1842, la romancière rédige, pour son roman de jeunesse, une préface où elle souligne hardiment la revendication féministe qui s'y trouve implicitement contenue.

 

Ainsi, je le répète, j’ai écrit Indiana, et j'ai dû l’écrire, j’ai cédé à un instinct puissant de plainte et de reproche que Dieu avait mis  en moi, Dieu qui ne fait rien d'inutile, pas même les plus chétifs êtres, et qui intervient dans les plus petites causes aussi bien que dans les grandes. Mais quoi ! celle que je défendais est‑ elle donc si petite ? C'est celle de la moitié du genre humain, c'est celle du genre humain tout entier; car le malheur de la femme entraîne celui de l’homme, comme celui de l'esclave entraîne celui du maître, et j'ai cherché à le montrer dans Indiana, On a dit que c'était une cause individuelle que je plaidais; comme si, à supposer qu'un sentiment personnel m'eût animé, j'eusse été le seul être infortuné dans cette humanité paisible et radieuse ! Assez de cris de douleur et de sympathie ont répondu au mien pour que je sache maintenant à quoi m'en tenir sur la suprême félicité d'autrui, je ne crois pas avoir jamais rien écrit sous l’influence d'une passion égoïste; je n'ai même jamais songé à m'en défendre. Ceux qui m'ont lu sans prévention comprennent que j'ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l'existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société. je n'avais point à faire un traité de jurisprudence, mais à guerroyer contre l'opinion ; car c'est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales, La guerre sera longue et rude; mais je ne suis ni le premier, ni le seul, ni le dernier champion d'une si belle cause, et je la défendrai tant qu’iI me restera un souffle de vie.

             

Préface à Indiana, 1842.

 

7. Alphonse de Lamartine, « Le vallon »

 

Le Moi, la mort et Dieu : telles sont les trois figures thématiques de cette rêverie, à propos de laquelle on ne peut manquer d'évoquer le Chateaubriand de René. Toute l'originalité de Lamartine réside ici dans le lien qu'il établit de l'une à l'autre. Un lien, ou un lié presque musical que tissent à la fois l'unité enveloppante d'un paysage (le vallon) et plus largement de la nature et la trame d'une écriture de l'écoulement (cf. strophe 4), du glissement (cf. vers 60) et de la fusion (cf. vers 11, 55 et 56 ).

 

Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance                        D'ici je vois la vie, à travers un nuage,

N'ira plus de ses vœux importuner le sort;                              S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé;

Prêtez- moi seulement, vallon de mon enfance                        L'amour seul est resté, comme une grande image

Un asile d'un jour pour attendre la mort.                             Survit seule au réveil dans un songe effacé.

                       

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée:                                     Repose- toi, mon âme, en ce dernier asile,

Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,                          Ainsi qu'un voyageur qui, le cœur plein d'espoir,

Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,                    S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,

Me couvrent tout entier de silence et de paix,                              Et respire un moment l'air embaumé du soir.

      

Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure             Comme lui, de nos pieds secouons la poussière;

Tracent en serpentant les contours du vallon;                           L'homme par ce chemin ne repasse jamais;

Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,                   Comme lui, respirons au bout de la carrière

Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.                 Ce calme avant- coureur de l'éternelle paix.

      

La source de mes jours comme eux s'est écoulée;            Tes jours, sombres et courts comme des jours d'automne,

Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour;                    Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux;

Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée      L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,

N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour,               Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.

      

La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,      Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime;

M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux;  Plonge- toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours

Comme un enfant bercé par un chant monotone,         Quand tout change pour toi, la nature est la même,

Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.                         Et le même soleil se lève sur tes jours,

 

Ah! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure          De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore:

D'un horizon borné qui suffit à mes yeux,                   Détache ton amour des faux biens que tu perds;

J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,             Adore ici l'écho qu'adorait Pythagore,

A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.                        Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.

 

J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie;             Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre;

Je viens chercher vivant le calme du Léthé.                         Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon;

Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on oublie:  Avec le doux rayon de l'astre du mystère,

L'oubli seul désormais est ma félicité.                  Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon.

      

Mon cœur est en repos, mon âme est en silence;                    Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence:

Le bruit lointain du monde expire en arrivant,                   Sous la nature enfin découvre son auteur

Comme un son éloigné qu'affaiblit la distance,                  Une voix à l'esprit parle dans son silence :

A l'oreille incertaine apporté par le vent.                        Qui n'a pas entendu cette voix dans son cœur ?

 

              Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques ( 1820 )

 

 

 8. Victor Hugo, LEnfant

L'Orient est un sujet d'actualité, les Grecs se sont révoltés contre les Turcs et l'Europe a pris fait et cause en faveur des insurgés. Les Orientales vont séduire tous les partisans de l’indépendance. Tous 1es amateurs de l’exotisme aussi : muftis, pachas, califes et sultanes sont les personnages principaux de ces poèmes colorés où  la versification prend parfois des formes étonnantes.

Le massacre par les Turcs des habitants de l’île de Chio avait inspiré en 1824 à Eugène Delacroix un célèbre tableau.

 

0 horror ! horror ! horror ! ( Shakespeare, Macbeth. )

 

« Les Turcs ont passé par là. Tout est ruine et deuil.

Chio, l’île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,

Chio, qu'ombrageaient les charmilles,

Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,

Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois

Un chœur dansant de jeunes filles.

 

Tout est désert. Mais non; seul près des murs noircis,           

Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,

        Courbait sa tête humiliée;

II avait pour asile, il avait pour appui

Une blanche aubépine, une fleur, comme lui

Dans le grand ravage oubliée.

 

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur le roc anguleux !

Hélas ! pour essuyer les pleurs tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l'onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,

Passe le vif éclair de la joie et des jeux,

        Pour relever ta tête blonde,

 

     Que veux- tu ? Bel enfant, que te faut-il donner

Pour rattacher gaîment et gaîment

En boucles sur ta blanche épaule

Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l’affront

Et qui pleurent épars autour de ton beau front

            Comme les feuilles sur le saule ?

 

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux

Est- ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus

  Qui d’Iran borde le puits sombre ?

        Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,

  Qu'un cheval au galop met, toujours en courant

Cent ans à sortir de son ombre.

 

Veux- tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,

Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois

 Plus éclatant que les cymbales ?

Que veux- tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?

 - Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles. »

 

Victor Hugo, Les  Orientales, XVIII ( 1829 )



[1] Athènes faisait partie de l'Empire ottoman.

[2] L'Hyrnette est célèbre pour son miel.

[3] Sculpteur athénien (vers 490-430 av. J-C.).

[4] Port d’Athènes.

[5] Ile des Cyclades où se célébraient les fêtes d’Apollon.

[6] Héros de deux tragédies de Sophocle ( Ve siècle av. J-C.).

[7] L'un des chefs grecs de L'Iliade d’Homère et  héros d'une tragédie de Sophocle.

[8] Reine de Troie, héroïne d'une tragédie d'Euripide (Ve siècle av. J.‑C.).

[9] Homme politique athénien (384-322 av. J-C.).

[10] Une jeune malade que Chateaubriand a vue quelques jours plus tôt.

[11] Femme grecque, compagne de Périclès ( Ve siècle av. J.,C.).

 

[12] Maître Coppenole: bourgeois de Gand invité à la fête. Clopin Trouillefou: truand des bas‑ fonds de Paris.

 

 

Les fiches produites par les élèves

Le romantismeFiche de Sandra

 

Etym : De l’anglais romantic.

Le mot romantique apparaît au XVII eme siècle , signifiant , avec une nuance péjorative, « romanesque ».Au XVII eme siècle , sous l’influence de l’anglais romantic , qui qualifie les paysages pittoresques, le mot perd sa connotation péjorative avant que Mme de Staël, en 1810 lui donne sa signification proprement littéraire , en référence à l’allemand romantisch : est romantique ce qui s’ écarte des normes fixées par le classicisme, pour inspirer des beautés qui lui sont antérieures ou extérieures. Ce sens devient courant vers 1824 pour désigner les tendances novatrices du siècle.

 

Le mot romantisme recouvre en fait trois réalités distinctes :

1        Il s’agit d’un mouvement littéraire et artistique qui naît en 1820.

2        Le mot romantique caractérise une révolution des idées et de la sensibilité qui apparaît comme une réaction au classicisme et au rationalisme du Siècle des Lumières . On peut parler d’un siècle romantique qui s’étendrait de 1770 à 1870.

3        A la suite de Georges Gusdorf , on peut voir dans le romantisme une vision du monde particulière, au caractère transhistorique , mais analogue à celle qui s’est imposée au XIX eme siècle. Le mouvement romantique apparaît en premier lieu comme un mouvement à la fois politique et esthétique de réaction contre un classicisme sclérosé et contre une société où le poète ne trouve plus sa place.

 

La révolte :

Le romantisme est d’abord une attitude de refus à l’égard du monde tel qu’il est , une révolte contre l’ordre des choses « J’étouffe  dans l’univers », écrivait déjà Rousseau . Cette radicale insatisfaction à l’égard du présent, qu’on va appeler le « mal du siècle » , éclate dès les premières années du XIX eme siècle.

Au lieu d’imposer sa loi au monde qui l’entoure et à la nature, l’homme romantique s’enivre de s’abandonner aux forces qui le dépassent et d’entrer en communion avec cette nature qui pour lui n’est pas un objet mais un  sujet.

 

La conscience déchirée :

L ‘homme romantique , dont les aspirations à l’infini se heurtent aux limites étroites du monde , est un être de démesure qui oscille de l’exaltation la plus frénétique au désespoir le plus tragique. Pour la conscience malheureuse, deux attitudes sont possibles. Tantôt le héros romantique se replie sur lui – même  pour échapper à un monde où «  l’action n’est pas la sœur du rêve » . Tantôt la révolte se traduit par une volonté prométhéenne de transformer le monde : ainsi, des poètes comme Lamartine ou Hugo infléchissent le romantisme vers un progressisme politique et social.

 

Sur le plan littéraire, les romantiques revendiquent la totale liberté du créateur : toutes les atteintes au goût classique , toutes les transgressions des règles et des conventions sont les bienvenues et on s’autorise le mélange des genres, des tons ou des registres.

 

Le mot romantisme est employé pour désigner toute vision du monde qui se caractérise par le sentiment d’une crise de la civilisation, la nostalgie d’un accord heureux mais définitivement rompu avec le monde , l’impatience des limites imposées à la condition humaine, la révolte contre une société où triomphent l’utilitarisme et la volonté de rendre toute leur place au rêve, à l’imaginaire  et à la poésie.

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Ce texte est réalisé à partir de feuilles distribuées en classe et avec l’Encyclopédie Encarta 99

Fiche de Sophie

Le Romantisme

 

 

Le Romantisme est né en Angleterre et en Allemagne autour de 1795. C’est pour cela que l’étymologie du mot vient de l’anglais « romantic » et de l’allemand « romantisch ».Le Romantisme est un courant à la fois littéraire, culturel et artistique européen. C’est un mouvement de libération du moi, de l’art qui s’écarte des normes fixées par le classicisme. Les romantiques cherchant à la fois l’originalité et une expressivité aussi directe que possible, ont aimé explorer de nouvelles formes artistiques : ils ont créé un théâtre plus libre, fait du roman un genre majeur et ont libéré la poésie jusqu’à inventer le poème en prose (manière d’écrire à un rythme régulier).Les écrivains romantiques s’affranchissent des trois principes essentiels du classicisme : l’imitation des anciens, l’observation des règles et la tutelle du bon goût. Ils accordent un crédit sans précédent au génie créateur. On remarque également du côté littéraire, l’explosion de l’expression des sentiments de l’individu ainsi que de son imagination.

 

Le mouvement romantique apparaît en premier lieu comme un mouvement à la fois politique et esthétique de réaction contre le rationalisme du classicisme du « Siècle des lumières ». Sur le plan littéraire, les romantiques revendiquent la totale liberté du créateur, les fastes de l’imagination, les vibrations de la sensibilité : tout ce qui emporte l’homme hors de ses limites (rêve, passion, folie) est préféré au sens de l’équilibre, de l’harmonie et de la mesure propre au classicisme.

 

Etre romantique c’est « prendre au sérieux ses rêves » selon André Malraux. Les romantiques s’écartent des règles. On rejette les règles classiques car on veut renouveler un peu, briser les frontières, … Enorme communion avec la nature ce qui permet aux auteurs de mieux percevoir leurs états d’âme. On remarque merveilleusement bien ces aspects de communion avec la nature et d’expression des sentiments dans le romans Atala, et René de Chateaubriand. Le romantisme veut s’écarter de la nostalgie et du mal du siècle.

 

C’est sans nul doute le mouvement artistique le plus important du 19e siècle.

Fiche de Quentin

Le romantisme

 

                Le romantisme apparaît, pour la première fois, au 17eme siècle et signifie alors avec une connotation péjorative "romanesque". Au 18eme siècle, le mot perd cette nuance. Cette popularisation du mot est une conséquence directe, subséquente, à la Révolution française et on assiste à une transformation de la société. Le mouvement romantique s'écarte des normes fixées par le classicisme, s'inspirant du gothisme et des littératures allemandes et anglaises. Le romantisme c'est l'explosion des sentiments de l'individu ainsi que de son imagination ; on veut renouveler un peu, briser les frontières.

 

        Le romantisme est d'abord une attitude de refus à l'égard du monde tel qu'il est, une révolte contre l'ordre des choses, une réaction au classicisme stagnant,"épuisé". Cette radicale insatisfaction à l'égard du présent éclate dès les premières années du 19eme siècle ("le mal du siècle", nostalgie après la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo en 1815). La société est rendue coupable de cette situation.  

        Au rationnalisme du Siècle des Lumières, on oppose les fastes de l'imagination, les vibrations de la sensibilité : tout ce qui emporte l'homme hors de ses limites(rêve, passion, folie) est préféré au sens de l'équilibre, de l'harmonie et de la mesure propre au classicisme.

        La fascination pour l'irrationnel se traduira, pour certains, par un regain d'intérêt pour la religion, pour d'autres, par un goût prononcé pour l'ésotérisme et en particulier pour l'illuminisme. C'est dans ce contexte que se développe un genre nouveau : le fantastique.      

        Le romantique, dont les aspirations a l'infini se heurtent aux limites étroites du monde, est un être de démesure qui oscille de l'exaltation la plus frénétique au désespoir le plus tragique.  

 

        Le romantisme c'est aussi une énorme communion avec la nature, ce qui permet aux auteurs de mieux percevoir leurs états d'âme. On remarque bien ces aspects de communion avec la nature et d'expression des sentiments dans le roman Atala-René de Chateaubriand.

       

                               Le romantisme aura eu pour ambition de "réaliser une régénération de toute l'existence, comme l'avait proclamé Novalis"(Eichendorff), ce qui en fait autre chose qu'un phénomène littéraire. Ainsi, des écrivains comme Alphonse de Lamartine ou Victor Hugo infléchissent le romantisme vers un progressisme politique et social.

        Le poète assume une vision nouvelle : penseur, visionnaire, prophète, il guide l'humanité. Sur le plan littéraire, la versification est assouplie et les figures de style sont désormais indispensables avec le rejet des règles du classicisme (L'expiation de Victor Hugo). Toutes les transgressions des règles et des conventions sont les bienvenues et on s'autorise le mélange des genres, des tons, des registres.

       

        Le romantisme, c'est le sentiment d'une crise de la civilisation, la nostalgie d'un accord heureux mais définitivement rompu avec le monde, l'impatience des limites imposées à la condition humaine, la révolte contre une société où triomphent l'utilitarisme et la rationnalité positiviste, la volonté de rendre toute leur place au rêve, à l'imaginaire et à la poésie. Le romantisme a été marqué par des auteurs comme Alfred de Musset, Théophile Gauthier, Gérard de Nerval et Alphonse de Lamartine qui sont tous aussi importants que ceux précédemment cités.

Fiche de Thibaut

 

L’HISTOIRE DU ROMANTISME

 

 

L’adjectif « Romantique » était au XVIIème siècle synonyme de « Romanesque ».

Ce n’est que bien plus tard, en 1810, qu’une définition proprement littéraire lui est attribuée par Madame de Stael ; est romantique ce qui s’écarte des normes fixées par le classicisme, pour s’inspirer de beautés qui lui sont intérieures ou extérieures.

 

Le romantisme est un mouvement européen qui se manifeste dans les lettres dès la fin du XVIIIème siècle en Angleterre et en Allemagne, puis au XIXème siècle en France, en Italie et en Espagne.

Il s’agit en réalité d’un mouvement littéraire et artistique qui naît vraiment en 1820, lorsque les Méditations poétiques de Lamartime apparaissent.

Mais avant cela, Chateaubriand commençait déjà, en 1802, à faire appel à ce qui ressemblait au romantisme dans des ouvrages tels que René, ou Génie du Christianisme ; on appellera ce mouvement le pré-romantisme.

Mais à l’origine, le romantisme se caractérise par une réaction du sentiment contre la raison ; il recherche l’évasion dans le rêve, il exalte le goût du mystère et du fantastique.

C’est une opposition totale au classicisme . On donnera par la suite comme nom à ce phénomène le « mal du siècle », ce trouble existentiel qui ravagea toute une jeunesse désoeuvrée, avide d’exprimer l’énergie de ses passions. Après Chateaubriand, Madame de Stael et Lamartine, c’est au tour de Victor Hugo de s’exprimer. Il triomphe, en 1830, avec Hernani . Le romantisme connaîtra là son apogée. Cet ouvrage entraînera l’éclatement du mouvement ; on retiendra notamment l’échec des Burgraves de Victor Hugo. Au-delà de la littérature, le romantisme est également à la fois un mouvement musical et artistique. Respectivement Wagner, Chopin  et Delacroix en seront les protagonistes.

 

Le siècle du romantisme s’étendra finalement de 1770 à 1870. Il s’éteindra pour laisser place au réalisme.

 

En conclusion de ce texte, je dirai simplement « qu’être romantique, c’est prendre au sérieux ses rêves » par André Malraux.

 

 

Les images

Le Voyageur au dessus de la mer de nuages.jpg (46340 octets)

La Mort de Sardanapale ( 1827-1828 ) Delacroix.jpg (143427 octets)

Le Massacre de Chio de Delacroix ( 1824 ) Détail.jpg (188704 octets)

Le Radeau de la Méduse ( 1818- 1819 ) de Géricault ( Huile, 490 X 720 Louvre ).jpg (41044 octets)

 

Le Gladiateur assis de Jean- Germain Drouais ( Rouen ).jpg (12327 octets)

Le Page Mazeppa de Théodore Géricault.jpg (17810 octets)

Le Supplice de Mazeppa de Boulanger ( Rouen ).jpg (223574 octets)

Les Enervés de Jumièges ( Rouen ).jpg (41551 octets)

 

 

 

SEQUENCE 2 : ETUDE D'UN RECUEIL DE KAREN BLIXEN

 

Sept Contes gothiques

Vous lirez les Sept Contes gothiques de Karen BLIXEN en vous posant les questions du « Petit Guide de narration », en y répondant en utilisant le texte ( n’oubliez pas de noter les références des pages ) et en remplissant le tableau  :

 

·        « Le Raz de marée de Nordeney » et « Le Singe » pour le lundi 8 XI 2004

·        « La Soirée d’Elseneur » pour le 15 XI 2004

·        « Sur la route de Pise » pour le 16 XI 2004

·        « Les Rêveurs » le 22 XI 2004

·        « Le Vieux chevalier errant » le 23 XI 2004

·        « Le Poète » le 29 XI 2004 ( Évaluation finale )

 

 

PETIT GUIDE DE NARRATION

 

1.      Choix des voix narratives - Qui raconte l’histoire ? Un narrateur caché, un conteur, un personnage ?

2.      CHOIX DES PERSONNAGES – Comment ont- ils été constitués ( nom, état- civil, caractère et portrait, motivations ) ? Sont- ils ou ne sont- ils pas des créations de l’écrivain ? 

3.      Ordre du récit – L’écrivain suit-il un ordre linéaire, les épisodes s’enchaînant dans un ordre chronologique, préfèrera-t-il des retours en arrière ( « récit rétrospectif » ou « analepse » ) ou anticipera-t-il sur le futur ( « récit prospectif » ou « prolepse » ) ?

4.      Traitement du temps  On peut résumer ( la durée, concentrée, s’appelle alors un « sommaire » ) ou s’attarder sur un moment important ( la durée, dilatée, s’appelle alors une « pause » )

5.      Logique de l’action – Dans le schéma actantiel de J.A GREIMAS, le personnage poursuit une quête : que recherche le héros ? quel est son but ? son idéal ? L’histoire lui permet ou pas d ‘accomplir cette quête. On peut distinguer une « situation initiale », une « situation finale » et des « tournants » qui modifient ou transforment le parcours du héros. Le héros peut être aidé dans sa quête par un « adjuvant » ou desservi par un « opposant ». On peut aussi utiliser le vocabulaire du théâtre : « exposition », « péripétie », dénouement ». Il faut aussi prêter attention à ce qui met en valeur l’action : « revirements », « gradations », « échos » et « leitmotive », « contrastes » et « symétrie »

6.      Frontières du récit – Comment entrer dans le récit ? Comment l’achever ? Le début et la fin de l’histoire peuvent être nommés : « incipit » et « excipit » ( Gérard GENETTE )

7.      Rôle du titre – Il sert à la fois d’ouverture et de conclusion. Son sens se modifie au cours de la lecture. Au terme du récit, on pourra l’interpréter, voir sa polyvalence et sa force symbolique.

                                                        

 

Page Épisode Logique du récit Voix Durée
    Action Trajet du héros Ordre du récit    
             

 

SEQUENCE TROIS : Ecrire une nouvelle avec le Festival Nordique de Rouen

SEQUENCE QUATRE : Madame Bovary de Gustave Flaubert ( toute édition scolaire )

SEQUENCE CINQ : Transcrire les brouillons du chapitre 2 de la troisième partie de Madame Bovary avec la faculté des Lettres de Rouen et la Bibliothèque de Rouen

SEQUENCE SIX : Le Cid de Corneille ( toute édition scolaire )

SEQUENCE SEPT : L'écriture du procès ( Mille et un fantômes d'Alexandre Dumas )

 

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