COURS PREMIERE 2004

Séquence 2

SEQUENCE 1 : L’efficacité argumentative des textes : convaincre, persuader ou délibérer,d’une stratégie à l’autre      

 Septembre et octobre 2004

Manuels utilisés :

   

SEQUENCE N°1 : L’efficacité argumentative des textes : convaincre, persuader ou délibérer, d’une stratégie à l’autre                                         

Objets d’étude

CONVAINCRE, PERSUADER ET DELIBERER

L’essai, le dialogue, le traité, l’apologue

Problématique

Comment convaincre ou persuader ? Comment apprécier la stratégie mise en œuvre par l’auteur ou le personnage dans un texte argumentatif ?

 

 

Orientations

Stratégies argumentatives : de la raison à la mauvaise foi, l’ironie. L’énonciation.

Le raisonnement : déduction et induction ; l’analogie ; l’illustration

Le registre polémique ; l’attaque ad hominem ; la réfutation et la concession.

Implicite et explicite.

Les figures de l’éloquence.

 

 

 

Lectures analytiques

  1. Le Cid, I, 6 ( vers 291 à 350 ) de Corneille,

  2. Le Loup et le chien, Fables, I, 5 de La Fontaine

  3. Les Animaux malades de la peste, Fables, VII, 1 de La Fontaine,

  4. Article « Torture » du Dictionnaire Philosophique de Voltaire,

  5.  « La dent d’or » de  Fontenelle, Histoire des oracles,

  6. Extrait des Caractères, XII, « Des Jugements », 119 de La Bruyère       ( Manuel, page 130 )

  7. Extrait de Voyage au bout de la nuit de Céline ( Manuel, page 131 )

 

 

 

 

Lectures cursives

« Dis- lui oui », chanson de Bénabar, Les Risques du métier ( 2003 )

Le Corbeau et le renard, Étude comparée avec Le Loup et le chien

Article « Beau, beauté » du Dictionnaire philosophique de Voltaire

Histoire d’un bon bramin de Voltaire ( Manuel, page 435 ), Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift  ( Manuel, page 90 )

« De l’horrible danger de la lecture » : séquence « Les obstacles à la publication » du Manuel

« Les dangers de la torture », Essais, II, 5 de Montaigne ( Manuel, pages 36 à 38 )

« Avis au lecteur », Essais de Montaigne

Arrestation et supplice de Thomas More d’Antoine Caron ( Château de Blois : Manuel, page 37 )

Extrait de Les Yeux ouverts de Marguerite Yourcenar, entretien avec Matthieu Galey sur le thème du voyage (Manuel, pages 394 à 396 )

 

 

 

Activités proposées à la classe

Révision : la lecture analytique et le commentaire.

La méthode de la question sur corpus.

L’évolution de la représentation de Jeanne d’Arc ( Exposition « Jeanne d’Arc. Les tableaux de l’histoire », Musée des Beaux- Arts de Rouen, 30 mai- 1er septembre 2003 )

Visite- conférence au Musée d’Orsay, « Figures illustres » ou comment le XIXeme siècle a su consacrer la valeur d’hommes et de femmes remarquables du passé national et du temps présent.

 

Les textes

1. CORNEILLE, Le Cid

 

DON RODRIGUE, seul,

Percé jusques au fond du cœur

D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,

Misérable vengeur d'une juste querelle,

Et malheureux objet d'une injuste rigueur,

Je demeure immobile, et mon âme abattue

Cède au coup qui me tue.

Si près de voir mon feu récompensé,

Ô Dieu! l'étrange peine!

En cet affront mon père est l'offensé,

Et l'offenseur le père de Chimène !

 

Que je sens de rudes combats !

Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :

Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :

L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras.

Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,

Ou de vivre en infâme,

Des deux côtés mon mal est infini.

Ô Dieu, l'étrange peine!

Faut- il laisser un affront impuni ?

Faut- il punir le père de Chimène ?

Père, maîtresse, honneur, amour,

Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,

Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.

L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.

Cher et cruel espoir d'une âme généreuse,

Mais ensemble amoureuse,

Digne ennemi de mon plus grand bonheur,

Fer qui causes ma peine,

M'es- tu donné pour venger mon honneur ?

M'es- tu donné pour perdre ma Chimène ?

 

Il vaut mieux courir au trépas.

Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père :

J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;

J’attire ses mépris en ne me vengeant pas.

A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,

Et l'autre indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir guérir ;

Tout redouble ma peine.

Allons, mon âme ; et puisqu'il faut mourir,

Mourons du moins sans offenser Chimène.

 

Mourir sans tirer ma raison !

Rechercher un trépas si mortel à ma gloire!

Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire

D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison!

Respecter un amour dont mon âme égarée

Voit la perte assurée !

N'écoutons plus ce penser suborneur,

Qui ne sert qu'à ma peine.

Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,

Puisqu' après tout il faut perdre Chimène.

 

Oui, mon esprit s'était déçu.

Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse:

Que je meure au combat, ou meure de tristesse,

Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.

Je m'accuse déjà de trop de négligence ;

Courons à la vengeance ;

Et tout honteux d'avoir tant balancé,

Ne soyons plus en peine,

Puisqu' aujourd'hui mon père est l'offensé,

Si l'offenseur est père de Chimène.

 

Le Cid, acte I, scène 6, vers 291 à 350.

 

2. et 3.LA FONTAINE, Fables

   

Les Animaux malades de la peste

 

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés

                                                                      On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie;

Nul mets n'excitait leur envie,

Ni loups ni renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie,

Les tourterelles se fuyaient;

Plus d'amour, partant plus de joie.

Le lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,

Je crois que le ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune.

                                   Que le plus coupable de nous                                  .

Se sacrifie aux traits du céleste courroux

Peut- être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements.

Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient- ils fait ? Nulle offense.

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce,

Est- ce un péché ? Non, non : vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Étant de ces gens- là qui sur les animaux.

Se font un chimérique empire. »

Ainsi dit le renard, et flatteurs d'applaudir

On n'osa trop approfondir

Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,

Au dire de chacun étaient de petits saints.

L'âne vint à son tour et dit : « J'ai souvenance

Qu'en un pré de moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. »

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal,

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable!

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Fables, Livre VII, 1

 

                            Le Loup et le chien

 

Un loup n'avait que les os et la peau,

Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.

L'attaquer, le mettre en quartiers,

Sire loup l'eût fait volontiers.

Mais il fallait livrer bataille;

Et le mâtin était de taille

A se défendre hardiment.

Le loup donc l'aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint qu'il admire.

« Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,

D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien.

Quittez les bois, vous ferez bien:

Vos pareils y sont misérables, Cancres, hères, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? Rien d'assuré; point de franche lippée

Tout à la pointe de l'épée.

Suivez- moi: vous aurez un bien meilleur destin. »

Le loup reprit: « Que me faudra- t- il faire ?

- Presque rien, dit le chien, donner la chasse aux gens

Portants bâtons et mendiants;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire;

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons:

Os de poulets, os de pigeons;

Sans parler de mainte caresse. »

Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant il vit le col du chien pelé.

« Qu'est- ce là ? lui dit- il. - Rien. - Quoi rien ? – Peu de chose.

- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut- être la cause.

- Attaché ? dit le loup; vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? - Pas toujours, mais qu'importe ?

- Il importe si bien que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »

Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.

Fables, Livre I, 5

 

Le Corbeau et le renard     ( Lecture cursive )

 

Maître corbeau, sur un arbre perché,

Tenait en son bec un fromage.

Maître renard, par l’odeur alléché,

Lui tint à peu près ce langage :

« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau,

Que vous êtes joli, que vous me semblez beau !

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumage,

Vous êtes le phénix des hôtes de ce bois. »

A ces mots le corbeau ne se sent plus de joie ;

Et pour montrer sa belle voix,

Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.

Le renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,

Apprenez que tout flatteur

Vit aux dépens de celui qui l’écoute :

Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »

Le corbeau, honteux et confus,

Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 

Jean de la Fontaine, Fables, I, 2 ( 1668 )

 

 

  VOLTAIRE, Dictionnaire Philosophique, article Beau, Beauté  ( Lecture cursive )

 

 

4. VOLTAIRE, Dictionnaire Philosophique, article Torture

 

"Dis- lui oui"   de BENABAR           ( Lecture cursive )                                                    

Je sais bien Muriel que ca n'me regarde pas
Tu l'as foutu dehors et je respecte ton choix
Mais il voudrait revenir d'accord j'insiste pas
C'est mon ami quand même non c'est pas lui qui m'envoie

Ca me fait de la peine, vous alliez si bien ensemble
Six ans de vie commune mais je veux pas le défendre
Avec tout ce que vous avez vécu, avoue que c'est dommage
Et j'te dis pas combien il souffre, ça serait du chantage

Muriel je t'en prie, je t'en supplie dis-lui oui
Dis-lui oui, oh oh oh oh oh, dis-lui oui !
Depuis que tu l'as quitté il habite chez moi
Je peux plus le supporter, Muriel aide- moi

Il veut toujours qu'on parle et qu'on parle que de lui
La discussion consiste à l'écouter, à dire oui
Le seul moment tranquille, c'est quand il t'écrit
Mais les poèmes de cinq pages après il me les lit

Il me raconte votre vie dans les moindre détails
Ce qui se passe dans votre lit depuis vos fiançailles
Je suis un gentleman, je répèterai pas, c'est intime
Rassure-toi Muriel... Espèce de p'tite coquine !

Dis-lui oui, dis-lui oui
Depuis que tu l'as quitté il habite chez moi
Je peux plus le supporter, Muriel aide- moi

Il va et vient la nuit, à n'importe quelle heure
Il fouille dans ma chambre pendant qu'je dors
J'ai frôlé la crise cardiaque j'en ai encore mal dans le bras
Il a fait semblant d'être somnambule pour que j'l'engueule pas

Tu sais c'est un mec bien mais j'veux pas t'influencer
Il gagne pas mal sa vie, à deux c'est mieux pour le loyer
Voyons les choses en face t'es pas non plus terrible
Regarde-toi dans une glace Muriel, faut être lucide !

Dis-lui oui, oh oh oh oh oh, dis-lui oui !
Depuis que tu l'as quitté il habite chez moi
Je peux plus le supporter, Muriel aide moi
Dis-lui oui, Dis-lui oui

Bon il a des torts, il t'a trompé c'est vrai
Avec ta mère, d'accord, mais ramène pas tout à toi
Muriel mon enfant je t'aide parce que je t'aime bien
Mais on s'en sortira pas si t'y mets pas du tien

Dis-lui oui, oh oh oh oh oh, dis-lui oui !
Depuis que tu l'as quitté il habite chez moi
Je peux plus le supporter, Muriel aide- moi
Dis-lui oui !

Compte- rendu de la conférence « Figures illustres » du Musée d’Orsay

11 janvier 2005

 

« Illustre » s’applique

 

Napoléon s’éveillant à l’immortalité ( 1845 )de François Rude

 

 

Napoléon est représenté

La sculpture en bronze a été commandée à l’occasion du retour de ses cendres par un de ses soldats de Côte- d’Or.

 

Hommage à Delacroix ( 1864 ) de Fantin- Latour

 

Peinture.

Portrait de groupe

 

 

Eloge funèbre de celui qui est en portrait au milieu de la toile ( sur le modèle d’une photographie de Delacroix par Nadar ).

Le peintre se distingue du groupe habillé bourgeoisement en noir par sa chemise blanche qui attire la lumière. Même si son visage reste flou, il arrive à attirer l’attention du spectateur. Il se proclame le successeur de Delacroix grâce à sa palette et aux fleurs.

En 1864, tout le monde reconnaissait Charles Baudelaire en bas à droite, James Whistler debout devant Fantin- Latour.

 

Le Docteur Péan avant l’opération d’Henri Gervex

 

Toile grand format. Mouvement pictural qui cherche à substituer aux saints de grands hommes, nouveaux saints laïcs.

 

 

Portrait du médecin qui explique l’utilisation de l’instrument qu’il vient d’inventer : la pince homéostatique. Il œuvre pour le bien public.

La médecine se pratique sans les précautions que va apporter Louis Pasteur ( pas de milieu stérile, les chirurgiens sont en habits ) mais sous anesthésie ( éponges dans le bocal au premier plan ).

 

Buste de Sarah Bernhard par Gérôme[1] ( 1895 )

 

Comédienne, première grande star, morte en 1923.

 

 

 

 

On vendait d’elle des photographies, des films.

La sculpture la célèbre grâce à la muse de la tragédie ( cothurnes, lèvres abaissées ) à ses pieds et aux putti.

Le marbre est peint : visage très blanc, chevelure rousse.

 

 

Autoportrait au Christ jaune de Paul Gauguin ( 1890 )

 

Paul Gauguin s’est représenté au milieu de ses œuvres.

 

Derrière Gauguin, deux de ses œuvres récentes. À gauche, Christ jaune, peint d’après une sculpture polychrome de Trémalo, près de Pont-Aven. À droite, une poterie- autoportrait, pot à tabac qui avait été offert à Madeleine Bernard avec une lettre expliquant qu’« il représentait vaguement Gauguin le sauvage » (elle l’avait refusé). Le four où a cuit la céramique représente l’enfer : Paul Gauguin avait abandonné sa famille pour se consacrer à la peinture et était très sensuel.

 

 

Paul Gauguin se montre comme un dieu incompris.



[1] Gérôme a aussi sculpté des gladiateurs, conservés au Musée d’Orsay, qui ont inspiré Ridley Scott pour Gladiator.

 

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SEQUENCE 2 : Une Saison en enfer et Illuminations d'Arthur RIMBAUD      

 Novembre et décembre  2004

Objets d’étude

 

  • POESIE et BIOGRAPHIQUE

  • Histoire littéraire

  • Production et singularité des textes

  • Travail poétique du langage

  • Représentation de la modernité

  • Registres

Problématique

 

Comment se manifeste la révolte d’Arthur Rimbaud ?

Orientations  -  Objectifs

 

-          La constitution des recueils – Les titres des recueils - Les circonstances de l’écriture et de la publication

-          Les révoltes d’Arthur Rimbaud

-          La recherche d’une langue poétique nouvelle

-          Le poème en prose

Lectures analytiques

Œuvres Intégrales

Extrait 1 : pages 64- 65 Une Saison en enfer – Délires I  ( extrait )

Extrait 2 : pages 68- 77 Une Saison en enfer – Délires II ( extrait )

Illuminations

Extrait 3 : « Aube »

Extrait 4 : « Fleurs »

Extrait 5 : « Les Ponts »

Extrait 6 : « Génie »

Lectures cursives

et documents complémentaires

 

Extrait 7 : « Marine »

  • « Marine » de Paul Verlaine, Poèmes Saturniens ( 1866 )

  • « Brise marine » de Stéphane Mallarmé, Poésies ( 1887 )

  • Yatch approaching the coast de Joseph Turner ( 1835, Huile sur toile, Tate Gallery, London )

Exposés préparés par les élèves sur

Extrait 8 : « L’Éclair »

Extrait 9 : « Parade »

Extrait 10 : « Barbare »*

Documents complémentaires :

  •  « Ma Bohème » ( Poésies Complètes, page 136) 

  •  « Le Dormeur du val » ( octobre 1870, Poésies Complètes, page 132 ) 

  • Lettre à Paul Demeny, dite « Lettre du voyant » ( 1871, Poésies Complètes, pages 149 à 151 ) , Extraits « Du reste, libre aux nouveaux … en s’en clamant les auteurs »  ( page 149 ) et « La première étude de l’homme » ( page 150 ) … « où l’autre s’est affaissé. »    ( page 151 )

  • « Le bateau ivre », Extrait du début et de la fin

  • Sur le thème de l’aube : « J’ai vu le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette » de François- René de Chateaubriand ( Itinéraire de Paris à Jérusalem )

  • La parabole biblique des Vierges Sages et des Vierges Folles   ( Cathédrales de Strasbourg et de Magdebourg )

  • Apollon et Daphné ( Pollaiuolo , Le Bernin, Chassériau )

Activité proposée à la classe par le professeur

 

Spectacle de la Pie Rouge de Rouen  : Une Saison en enfer 

Lectures personnelles proposées

 

  • Les Jours fragiles de Philippe Besson, Julliard, 2004

  • La Rebelle de Benoît Duteurtre, Gallimard, 2004

  • Rimbaud le disparu de Jean- Jacques Lefrère, Fayard, 2001

  • Trafiquant d’âmes (  Télérama hors série ), 2004

  • Rimbaud le fils de Pierre Michon, Folio

Aube

 

J’ai embrassé l’aube d’été.

 Rien ne bougeait encore au front  des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombre ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. A la grand’ ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes , et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassées, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

 

Fleurs

 

D’un gradin d’or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s’ouvrir sur un tapis de filigranes d’argent, d’yeux et de chevelures. Des pièces d’or jaune semées sur l’agate, des piliers d’acajou supportant un dôme d’émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d’eau. Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.

Génie

 

Il est l’affection et le présent puisqu’il a fait la maison ouverte à l’hiver écumeux et à la rumeur de l’été,lui qui a purifié les boissons et les aliments, lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations. Il est l’affection et l’avenir, la force et l’amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d’extase.

Il est l’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l’éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l’épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie…

Et nous nous le rappelons et il voyage … Et si l’Adoration s’en va, sonne, sa promesse sonne : « Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C’est cette époque- ci qui a sombré ! »

Il ne s’en ira pas, il ne redescendra pas d’un ciel, il n’accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaietés des hommes et de tout ce péché : car c’est fait, lui étant, et étant aimé.

O ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l’action.

O fécondité de l’esprit et immensité de l’univers !

Son corps ! le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !

Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevées à sa suite.

Son jour ! l’abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.

Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.

O Lui et nous ! l’orgueil plus bienveillant que les charités perdues.

O monde ! et le chant clair des malheurs nouveaux !

Il nous a connus tous et nous a tous aimés. Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et, sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.

 

A moi. L'histoire d'une de mes folies.

     Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

     J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.

     Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de mœurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.

     J’inventai la couleur des voyelles !  - A noir, E blanc, I rouge, 0 bleu, U vert. - je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

     Ce fut d'abord une étude .J’écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable, je fixai des vertiges. [ …]

     La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.

     Je m'habituai à l'hallucination simple: je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac; les monstres, les mystères; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.

     Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots !

     Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. J’étais oisif, en proie à une lourde fièvre: j'enviais la félicité des bêtes, - les chenilles, qui représentent l'innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginité!

     Mon caractère s'aigrissait, je disais adieu au monde dans d'espèces de romances [ ... ] .

     Je devins un opéra fabuleux: je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur: l'action n'est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle.

     A chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues. [ ... ]      

     Aucun des sophismes de la folie,  la folie qu'on enferme, n'a été oublié par moi: je

pourrais les redire tous, je tiens le système.

     Ma santé fut menacée. La terreur venait. je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’ étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l'ombre et des tourbillons.

     Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau. Sur la mer, que j'aimais comme si elle eût dû me laver d'une souillure, je voyais se lever la croix consolatrice. J’avais été damné par l'arc- en- ciel. Le Bonheur était ma fatalité, mon remords, mon ver: ma vie serait toujours trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté.

                              Une Saison en enfer, Délires II.

 

« [ ... ]Lui était presque un enfant ... Ses délicatesses mystérieuses m'avaient séduite. J'ai oublié tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde, je vais où il va, il le faut. Et souvent il s'emporte contre moi, moi, la pauvre âme. Le Démon ! - C'est un Démon, vous savez, ce n'est pas un homme.

« Il dit: « Je n'aime pas les femmes. L'amour est à réinventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assurée. La position gagnée, cœur et beauté sont mis de côté : il ne reste que froid dédain, l'aliment du mariage, aujourd'hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j'aurais pu faire de bonnes camarades, dévorées tout d'abord par des brutes sensibles comme des bûchers... »

« Je l'écoute faisant de l’infamie une gloire, de la cruauté un charme. « Je suis de race lointaine : mes pères étaient Scandinaves : ils se perçaient les côtes, buvaient leur sang. -Je me ferai des entailles par tout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol : tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux,  je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tachée de sang partout. Jamais je ne travaillerai ... » Plusieurs nuits, son démon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui ! ‑ Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m'épouvanter mortellement. - « On me coupera vraiment le cou ; ce sera dégoûtant. » Oh! ces jours où il veut marcher avec l'air du crime!

« Parfois il parle, en une façon de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux pénibles, des départs qui déchirent les cœurs. Dans les bouges où nous nous enivrions, il pleurait en considérant ceux qui nous entouraient, bétail de la misère. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la pitié d'une mère méchante pour les petits enfants. – Il s'en allait avec des gentillesses de petite fille au catéchisme. - Il feignait d'être éclairé sur tout, commerce, art, médecine. - Je le suivais, il le faut ! »

Une saison en Enfer, Délires I

../Images Hypocrite/Apollon et Daphné d'Antoine Pollaiuolo ( Vers 1470- 1480 ) National Gallery Londres       ../Images Hypocrite/Apollon et Daphné du Bernin ( 1622- 1623 Villa Borghèse, Rome )      ../Images Hypocrite/Apollon et Daphné de Théodore Chassériau ( avant 1846 ) Louvre

Apollon et Daphné

par Antoine Paulaiuolo, Le Bernin et Théodore Chassériau

../Images Hypocrite/Vierges sages Cathédrale de Strasbourg

Vierges sages de la Cathédrale de Strasbourg

 

../Images Hypocrite/Yacht approaching the coast de joseph Turner ( 1835, Huile sur toile, Tate Gallery, London )

 

Yacht approaching the coast

de Joseph Turner

 

SEQUENCE 3  : Jean le Bleu ( 1932 ) de Jean GIONO                                                                     

Objets d’étude

CONVAINCRE, PERSUADER ET DELIBERER

LE BIOGRAPHIQUE