Agrégation interne de Lettres modernes 2004 - Épreuve de didactique
SUJET : LE THEATRE
Groupement de textes :
A partir du groupement de
textes qui vous est proposé, vous entreprenez
l’étude de l’objet « Théâtre et représentation » en
classe de première.
Vous définirez votre
projet et ses modalités d’exécution.
Scène VI. - ISMAEL, JOAS, JOAD,
ATHALIE, etc. ISMAËL, à Joad.
Seigneur, le temple est libre et n'a plus d'ennemis.
L'étranger est en fuite, et le Juif est soumis.
Comme le vent dans l'air dissipe la fumée,
La voix du Tout-Puissant a chassé cette armée.
Nos lévites, du haut de nos sacrés parvis,
D'Okosias au peuple ont annoncé le fils,
Ont conté son enfance au glaive dérobée,
Et la fille d'Achab dans le piège tombée.
Partout en même temps la trompette a sonné :
Et ses sons et leurs cris dans son camp étonné
Ont répandu le trouble et la terreur subite
Dont Gédéon frappa le fier Madianite.
Les Tyriens, jetant armes et boucliers,
Ont, par divers chemins, disparu les premiers ;
Quelques Juifs éperdus ont aussi pris la fuite ;
Mais, de Dieu sur Joas admirant la conduite,
Le reste à haute voix s'est pour lui déclaré.
Enfin, d'un même esprit tout le peuple inspiré,
Femmes, vieillards, enfants, s'embrassant avec joie,
Bénissent le Seigneur et celui qu'il envoie.
Tous chantent de David le fils ressuscité.
Baal est en horreur dans la sainte cité ;
De son temple profane on a brisé les portes ;
Mathan est égorgé.
ATHALIE
Dieu des Juifs, tu l'emportes !
Oui, c'est Joas ; je cherche en vain à me tromper.
Je reconnais l'endroit où je le fis frapper ;
Je vois d'Okosias et le port et le geste.
Tout me retrace enfin un sang que je déteste.
David, David triomphe : Achab seul est détruit.
Impitoyable Dieu, toi seul as tout conduit.
C'est toi qui, me flattant d'une vengeance aisée,
M'a vingt fois en un jour à moi-même opposée,
Tantôt pour un enfant excitant mes remords,
Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors
Qu'il règne donc ce fils, ton
soin et ton ouvrage ;
Et que, pour signaler son empire
nouveau,
On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau !
Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère :
Que dis-je, souhaiter ! Je me flatte, j'espère
Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi,
Fidèle au sang d'Achab qu'il a reçu de moi,
Conforme à son aïeul, à son père semblable,
On verra de David l'héritier détestable
Abolir tes honneurs, profaner ton autel,
Et venger Athalie, Achab et Jézabel.
JOAD
Qu'à l'instant hors du temple elle soit emmenée,
Et que la sainteté n'en soit pas profanée.
Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris,
De leur sang par sa mort faire cesser les cris.
Si quelque audacieux embrasse sa querelle,
Qu'à la fureur du glaive on le livre avec elle.
Scène VII. - JOAS, JOAD, JOSABET, ABNER, etc.
JOAS
Dieu, qui voyez mon trouble et mon affliction,
Détournez loin de moi sa malédiction,
Et ne souffrez jamais qu'elle soit accomplie.
Faites que Joas meure avant qu'il vous oublie.
JOAD, aux lévites.
Appelez tout le peuple, et montrons-lui son roi ;
Qu'il lui vienne en ses mains renouveler sa foi.
Roi, prêtres, peuple, allons, pleins de reconnaissance,
De Jacob avec Dieu confirmer l'alliance,
Et, saintement confus de nos égarements,
Nous rengager à lui par de nouveaux serments.
Abner, auprès du roi reprenez votre place.
Scène VIII. - Un lévite, JOAS, JOAD, etc.
JOAD, au lévite.
Hé bien ! de cette impie a-t-on puni l'audace ?
LE LÉVITE
Le fer a de sa vie expié les horreurs.
Jérusalem, longtemps en proie à ses fureurs,
De son joug odieux à la fin soulagée,
Avec joie en son sang la regarde plongée.
JOAD
Par cette fin terrible, et due à ses forfaits,
Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais
Que les rois dans le ciel ont un juge sévère,
L'innocence un vengeur, et l'orphelin un père.
SCÈNE VI - DON RODRIGUE
DON RODRIGUE
Percé jusques au fond du coeur
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d'une juste querelle,
Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l'étrange peine !
En cet affront mon père est l'offensé,
Et l'offenseur le père de Chimène !
Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse.
L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vire en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l'étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ? Faut-il punir le père de Chimène ?
Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d'une âme généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui cause ma peine,
M'es-tu donné pour venger mon honneur ?
M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?
Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père ;
J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.
À mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,
Et l'autre indigne d'elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir ;
Tout redouble ma peine.
Allons, mon âme ; et puisqu'il faut mourir,
Mourons du moins sans offenser Chimène.
Mourir sans tirer ma raison !
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison !
Respecter un amour dont mon âme égarée
Voit la perte assurée !
N'écoutons plus ce penser suborneur,
Qui ne sert qu'à ma peine.
Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,
Puisqu' après tout il faut perdre Chimène.
Oui, mon esprit s'était déçu.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse :
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
Je m'accuse déjà de trop de négligence ;
Courons à la vengeance ;
Et tout honteux d'avoir tant balancé,
Ne soyons plus en peine,
Puisqu' aujourd'hui mon père est l'offensé,
Si l'offenseur est le père de Chimène.
Saxon de naissance, le jeune THOMAS BECKET appartient à une race asservie; mais il est courageux, raffiné, cultivé, et il est devenu l'ami du roi HENRI II PLANTAGENÊT. Compagnon de débauche, mais aussi conseiller politique, il l'aide à asseoir sa puissance, face aux privilèges temporels de l'Église. Mais cette grande amitié se brise du jour où, croyant réussir un coup de maître, le roi élève son ami à la dignité de Primat d'Angleterre. Archevêque malgré lui, THOMAS prend en effet son rôle au sérieux: il se sent dépositaire de « l'honneur de Dieu » et défend âprement ses droits contre l'autorité royale. Il doit même s'exiler pour échapper à la vengeance du roi. Voici le moment où, dans une entrevue ménagée par le roi de France, les deux hommes tentent de se réconcilier. Ils se rencontrent à cheval, seuls sur une lande glacée, pendant que les barons les observent de loin. Tout au long de l'entretien, les problèmes politiques seront traités à travers le déchirement des passions intimes : le roi est torturé et dépité de voir cette amitié qui se meurt, et l'archevêque, prisonnier de « l'honneur de Dieu », garde tendresse et déférence pour ce prince à qui il a enseigné « l'honneur du royaume »..
LE
ROI crie, soudain, comme un enfant perdu : Je m'ennuie, Becket !
BECKET, grave :
Mon prince. Je voudrais tant pouvoir vous aider.
LE ROI: Qu'est- ce que tu attends? Tu vois que je
suis en train d'en crever!
BECKET, doucement
: Que l'honneur de Dieu et l'honneur du roi se confondent.
LE
ROI: Cela risque d'être long!
BECKET: Oui. Cela risque d'être long. (Silence.
On n'entend plus que le vent.)
LE ROI, soudain
: Si on n'a plus rien à se dire, il vaut autant aller se réchauffer!
BECKET: On a tout à se dire, mon prince. L'occasion
ne se présentera peut- être pas deux fois.
LE
ROI: Alors, fais vite. Sinon, c'est deux statues de glace qui se réconcilieront
dans un froid définitif. Je suis ton roi, Becket! Et tant que nous
sommes sur cette terre, tu me dois le premier pas. Je suis prêt à oublier bien
des choses, mais pas que je suis roi. C'est toi qui me l'as appris.
BECKET, grave: Ne
l'oubliez jamais, mon prince. Fût- ce contre Dieu! Vous, vous avez autre chose
à faire. Tenir la barre du bateau.
LE ROI: Et toi, qu'est- ce que tu as à faire?
BECKET: J'ai à vous résister de toutes mes forces,
quand vous barrez contre le vent.
LE ROI: Vent en poupe, Becket? Ce serait trop beau!
C'est de la navigation pour petites filles. Dieu avec le roi ? Ça n'arrive
jamais. Une fois par siècle, au moment des croisades, quand toute la chrétienté
crie: « Dieu le veut! » Et encore! Tu sais comme moi quelle cuisine cela cache
une fois sur deux, les croisades. Le reste du temps, c'est vent debout. Et il
faut bien qu'il y en ait un qui se charge des bordées!
BECKET:
Et un autre qui se charge du vent absurde- et de Dieu. La besogne a été, une
fois pour toutes, partagée. Le malheur est qu'elle l'ait été entre nous deux,
mon prince, qui étions amis.
LE
ROI crie, avec humeur : Le roi de France - je ne sais pas encore
ce qu'il y gagne - m'a sermonné pendant trois jours pour que nous fassions
notre paix. A quoi te servirait de me pousser à bout ?
BECKET: A rien.
LE
ROI: Tu sais que je suis le roi et que je dois agir comme un roi. Qu'espères-
tu? Ma faiblesse?
BECKET:
Non. Elle m'atterrerait.
LE
ROI : Me vaincre par la force?
BECKET:
C'est vous qui êtes la force.
LE
ROI: Me convaincre?
BECKET:
Non plus. Je n'ai pas à vous convaincre. J'ai seulement à vous dire non.
LE
ROI: Il faut pourtant être logique, Becket!
BECKET:
Non, ce n'est pas nécessaire, mon roi. Il faut seulement faire, absurdement,
ce dont on a été chargé - jusqu'au bout.
LE
ROI, ricane Tu as été touché par la grâce ?
BECKET,
grave Pas par celle que vous croyez. J'en suis indigne.
LE
ROI: Alors ?
BECKET:
Je me suis senti chargé de quelque chose tout simplement, pour la première
fois, dans cette cathédrale vide, quelque part en France, où vous m'avez
ordonné de prendre ce fardeau. J'étais un homme sans honneur. Et tout d'un
coup, j'en ai eu un, celui que je n'aurais jamais imaginé devoir devenir le
mien, celui de Dieu. Un honneur incompréhensible et fragile, comme un
enfant‑ roi poursuivi.
Intraitable sur ses « devoirs de pasteur », Becket cède sur les
autres points litigieux : « par esprit de paix, dit -il, et
parce que je sais qu'il faut que vous restiez le roi -
fors l'honneur de Dieu ».
LE
ROI, froid, après un temps : Eh bien, soit. Je t'aiderai à défendre
ton Dieu, puisque c'est ta nouvelle vocation, en souvenir du compagnon que tu as
été pour moi - fors l'honneur du royaume 1 Tu peux rentrer en Angleterre,
Thomas.
BECKET:
Merci, mon prince. je comptais de toute façon y rentrer et m'y livrer à votre
pouvoir, car sur cette terre, vous êtes mon roi. Et pour ce qui est de cette
terre, je vous dois obéissance.
LE
ROI, embarrassé, après un temps : Eh bien, retournons maintenant. Nous
avons fini. J'ai froid.
BECKET,
sourdement aussi : Moi aussi, maintenant, j'ai froid.
Un silence encore. Ils se regardent. On entend le vent.
LE
ROI, demande soudain : Tu ne
m'aimais pas, n'est- ce pas, Becket?
BECKET:
Dans la mesure où j'étais capable d'amour, si, mon prince,
LE
ROI: Tu t'es mis à aimer Dieu ? (Il crie.)
Tu es donc resté le même, sale tête, à ne pas répondre quand on te pose
une question?
BECKET,
doucement: Je me
suis mis à aimer l'honneur de Dieu.
CHATTERTON, seul, se promenant : Allez, mes bons amis, - Il est bien étonnant que ma destinée change ainsi tout à coup. J'ai peine à m'y fier; pourtant les apparences y sont. - Je tiens là ma fortune . - Qu'a voulu dire cet homme en parlant de mes ruses ? Ah! toujours ce qu'ils disent tous. Ils ont deviné ce que je leur avouais moi- même, que je suis l'auteur de mon livre . Finesse grossière ! je les reconnais là! Que sera cette place ? quelque emploi de commis Tant mieux, cela est honorable! Je pourrai vivre sans écrire les choses communes qui font vivre. - Le Quaker rentrera dans la paix de son âme que j'ai troublée, et elle! Kitty Bell, je ne la tuerai pas, s'il est vrai que je l'eusse tuée. - Dois- je le croire ? J'en doute : ce que l'on renferme toujours ainsi est peu violent, et, pour être si aimante, son âme est bien maternelle. N'importe, cela vaut mieux, et je ne la verrai plus. C'est convenu... autant eût valu me tuer. Un corps est aisé à cacher. -On ne le lui eût pas dit. Le Quaker y eût veillé, il pense à tout, Et, à présent, pourquoi vivre? pour qui? ‑ Pour qu'elle vive, c'est assez ... Allons... arrêtez- vous, idées noires, ne revenez pas... Lisons ceci... (Il lit le journal .) « Chatterton n'est pas l'auteur de ses oeuvres... Voilà qui est bien prouvé. - Ces poèmes admirables sont réellement d'un moine nommé Rowley, qui les avait traduits d'un autre moine du Xe siècle nommé Turgot... Cette imposture, pardonnable à un écolier, serait criminelle plus tard... Signé... Bale!... » Bale ? Qu'est- ce que cela? que lui ai- je fait? - De quel égout sort ce serpent ?
Quoi! mon nom étouffé! ma
gloire éteinte! mon honneur perdu! Voilà le juge!... Le bienfaiteur! voyons,
qu'offre- t- il? (Il décachette la
lettre, lit... et s'écrie avec indignation :) Une place de premier valet de
chambre dans sa maison !...
Ah!... pays damné! terre du dédain!
sois maudite à jamais! (Prenant la fiole
d'opium.) 0 mon âme, je t'avais vendue! je te rachète avec ceci. (Il
boit l’opium.) Skirner sera payé !
- Libre de tous ! égal à tous, à présent! - Salut, première heure de repos
que j'aie goûtée! - Dernière heure de ma vie, aurore du jour éternel, salut!
- Adieu, humiliation, haines, sarcasmes, travaux dégradants, incertitudes,
angoisses, misères, tortures du cœur, adieu! Oh! quel bonheur, je vous dis
adieu! - Si l'on savait! si l'on savait ce bonheur que j'ai..., on n'hésiterait
pas si longtemps ! (Ici après un
instant de recueillement durant lequel son visage prend une expression de béatitude,
il joint les mains et poursuit:) 0 Mort, Ange de délivrance, que ta paix
est douce! J'avais bien raison de t'adorer, mais je n'avais pas la force de te
conquérir. - Je sais que tes pas seront lents et sûrs. Regarde- moi, Ange sévère,
leur ôter à tous la trace de mes pas sur la terre.(Il
jette au feu tous ses papiers.) Allez, nobles pensées écrites pour tous
ces ingrats dédaigneux, purifiez- vous dans la flamme et remontez
au ciel avec moi ! ( Il lève les yeux au ciel et déchire
lentement ses poèmes, dans l’attitude grave et exaltée d’un homme qui fait
un sacrifice solennel. )
FREUD : Alors si Dieu était en face de moi, ce soir, un
soir où le monde pleure et ma fille est prise dans les
griffes de la Gestapo, je préférerais lui dire : « Tu n'existes pas! Si
tu es tout- puissant, alors tu es mauvais; mais si tu n'es pas mauvais, tu n'es
pas bien puissant. Scélérat ou limité, tu n'es pas un Dieu à la hauteur de
Dieu. Il n'est pas nécessaire que tu sois. Les atomes, le hasard, les chocs,
cela suffit bien pour expliquer un univers aussi injuste. Tu n’es définitivement,
qu'une hypothèse inutile ! »
L’INCONNU (doucement)
-
Et Dieu vous répondrait sans doute ceci : « Si tu pouvais voir, comme
moi, à l’avance, le ruban des années à venir, tu serais plus virulent encore, mais tu
détournerais ton accusation vers le vrai responsable. » (Les yeux
plissés.) Si tu voyais plus loin... (Sur
un ton de visionnaire songeur.)
Ce siècle sera l'un des plus étranges que la terre ait portés. On l'appellera
le siècle de l'homme, mais ce sera le siècle de toutes les pestes. Il y aura
la peste rouge, du côté de l’Orient, et puis ici, en Occident, la peste
brune, celle qui commence à se répandre
sur les murs de Vienne et dont vous ne voyez que les premiers bubons; bientôt
elle couvrira le monde entier et ne rencontrera
presque plus de résistance. On vous chasse, docteur Freud? Estimez- vous
heureux! Les autres, tes amis, tes disciples, tes sœurs, et tous les innocents,
on va les tuer... Dizaines par dizaines, milliers par milliers, dans de fausses
salles de douches qui libéreront du gaz en place d’eau; et ce seront leurs frères,
aux morts, qui déblaieront les corps et les jetteront dans les remblais. Et,
savez- vous, les nazis feront même du savon avec leurs graisses ?... étrange,
n’est- ce pas, que l’on puisse se laver le cul avec ce que l'on hait ?
Et il y aura d’autres pestes, mais à l’origine
de toutes ces pestes, le même virus, celui même qui t’empêche de croire en
moi : l’orgueil !
Le mot « thea » signifie en grec « action de contempler, spectacle ». L’étymologie montre que l’essence du théâtre serait donc d’être une action interprétée par des acteurs pour un public. Certes on peut lire une pièce de théâtre mais le théâtre n’est pleinement « théâtre » que lorsqu’il est spectacle. Le corpus nous propose l’illustration immédiatement convoquée de l’objet d’étude « Théâtre et représentation » de la classe de première : celle d’un échange entre auteur, acteur et public et non d’un échange auteur et lecteur.
Les dramaturges ont voulu traiter des problèmes
philosophiques et moraux.
Dans sa Poétique, Aristote assigne cette fonction morale à la tragédie : elle doit produire chez le public une catharsis ( purification ), les spectateurs doivent être à la fin du spectacle pleins de pitié et de peur : pitié pour les personnages malheureux auxquels ils ont pu s’identifier et peur devant la cruauté de leur sort et la colère des dieux. Le spectacle produit un effet de défoulement et donc de canalisation sociale. Les deux émotions, pitié et peur accompagnent la vie mais le théâtre permet de les goûter sans danger ni conséquences. Le théâtre religieux du Moyen- Age a attaché une valeur morale et éducative aux spectacles des mystères ( même si l’Église était hostile au théâtre en ce qu’il exciterait les passions au lieu de canaliser les émotions et que les acteurs avaient la réputation de mener des vies dissolues ). Les Jésuites, le mouvement communiste ont utilisé le théâtre pour éduquer leurs publics.
Un théâtre didactique ennuie vite son public. Comment arriver à traiter une problématique morale ou philosophique de façon efficace ?
Le corpus
montre des solutions qui s’offrent aux écrivains pour traiter une problématique
morale en évitant l’exposé théorique, la scène de pièce à thèses.
Le Cid utilise le dilemme dans un monologue argumentatif, Le Visiteur et Becket ou l’honneur de Dieu montrent le conflit de personnages qui incarnent des valeurs opposées dans un dialogue, Chatterton défend seul une opinion contre le reste de monde dans un monologue. Athalie met en scène un personnage contre lequel tous les autres se coalisent.
SEQUENCE
Le projet didactique : montrer l’intérêt pour les personnages qui suscitent des émotions, l’intérêt du langage dramatique, « parole surprise », gouvernée par la double énonciation, à étudier en particulier dans les didascalies, indices de l’intérêt grandissant avec le temps des auteurs à l’exécution matérielle des pièces ( P. Larthomas, Le Langage dramatique ), la place de la parole dans l’action ( action et parole mêlées, parole devenant action dans la scène d’affrontement ), montrer les stratégies adoptées par les auteurs pour justifier le conflit dans l’action mais aussi les choix adoptés par les époques et les mouvements littéraires pour mettre en scène le tragique.
La conclusion résume la problématique,
fait le bilan des objectifs, de ce qu’ont appris les élèves
et ouvre sur l’aval de la séquence dans la progression annuelle (
lecture cursive, séquence à venir ).
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